Introduction Générale :

Le médicament représente une composante essentielle de la politique sanitaire. Il se situe à la base de toute prise en charge thérapeutique. Le médicament possède plusieurs facettes aussi essentielles les unes que les autres. En effet, il s’agit d’un produit industriel dont la fabrication fait appel aux technologies les plus modernes. C’est aussi un objet de commerce car il a un coût et un prix souvent sans aucun lien entre eux. La recherche et l’innovation accompagnent le médicament de manière quasi-permanente et à tous ses stades de développement. Le médicament permet à la communauté internationale de se prémunir, de se protéger contre les épidémies et les maladies ainsi que de corriger les troubles aigues ou chroniques chez l’homme ou l’animal. Rares sont les domaines où le perfectionnisme atteint un tel niveau. Il suffit par exemple, que sur la planète, apparaisse un effet indésirable inattendu pour que le produit fasse l’objet de nouvelles évaluations dont les conséquences peuvent être graves pour le produit et le laboratoire exploitant. Aux yeux du consommateur, le médicament représente l’espoir et la délivrance alors que l’auscultation et les explorations sont génératrices d’angoisse.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, le médicament possède un caractère mythique et les gouvernements les plus libéraux ne cessent d’adopter une attitude interventionniste directe ou indirecte à son égard. Chaque étape de la vie d’un médicament est réglementée de manière souvent consensuelle et harmonieuse par l’ensemble des pays et des partenaires de tout bord intervenant dans le secteur.

 


Le développement de ce secteur est récent et date d’une génération. En effet jusqu’à la fin des années 80, seule une industrie d’état (filiale de la Pharmacie Centrale de Tunisie et individualisée sous le nom SIPHAT 1988) accompagnée de l’Institut Pasteur (vaccins et sérums) et de la SOVETEX (Unité Vétérinaire Privée) occupaient le paysage industriel. Ils couvraient 5 à 6% des besoins du pays. A la suite d’une clarification politique en matière d’investissement sectoriel et d’encouragements spécifiques une dynamique

 

Les figures suivantes illustrent cet épanouissement dans le domaine de la Pharmacie

 

Figure 1 Evolution du nombre d'unités industrielles dans les domaines du médicament et des dispositifs médicaux

Nous notons une évolution importante du nombre d’unités industrielles en Tunisie. Cet accroissement a intéressé au départ les unités de fabrication des médicaments et au cours des années 2000 les unités de fabrication des dispositifs médicaux et en particulier celles totalement exportatrices.

Figure 2 Evolution du chiffre d'affaires dus médicaments fabriqués localement


Nous observons une dynamique exceptionnelle en matière de production de médicaments conformément à l’évolution de l’investissement et du nombre d’unités. Cette production s’est orientée à la couverture des besoins nationaux. En effet l’exportation s’élève à 40 millions de DT et a concerné les pays du Maghreb (70%), l’Europe (15%) et l’Afrique subsaharienne (15%). Toutefois l’industrie locale s’est orientée vers la fabrication de médicaments génériques qui ont représenté plus de 49% de sa production. A titre de comparaison la part des génériques dans l’importation est inférieure à 10% durant la même période. Quant au chiffre d’affaires des dispositifs médicaux fabriqués localement

 

 

Nous observons que la couverture par la fabrication locale a connu un accroissement important entre les années 80 (6% en 1986) et l’année 2000 et il a connu une « stagnation depuis cette dernière date ». Ce constat doit être tempéré pour différentes raisons dont nous citons certaines d’entre elles ci-après :

• L’abandon de la corrélation depuis 2005 suite à des pressions internationales. Ce système permettait de suspendre automatiquement les importations de produits similaires dès qu’un produit est fabriqué localement.
• Comme la fabrication locale concerne à moitié des médicaments génériques, leur coût est faible par rapport à ceux importés. D’ailleurs si on exprime la couverture par la fabrication en nombre d’unités produites et non plus en valeurs le taux de couverture atteint pour la fabrication locale le taux de 60%.
• L’entrée en vigueur des accords TRIP’s et la fin de la période de grâce en 2005 pour la Tunisie ont arrêté l’évolution sectorielle notamment dans le domaine des biotechnologies.
• L’abandon des taxes douanières notamment vis-à-vis de l’Union Européenne dans le domaine des médicaments ont durci la concurrence car les produits importés le sont en hors taxes alors que ceux fabriqués localement subissent les taxes locales à l’exception de celles relatives aux matières premières importées.
• Les produits importés ont une marge de concurrence importante qui peut aboutir à des productions en coût marginalisé, ce qui n’est pas le cas pour la production locale.
• L’absence d’une politique volontariste en matière d’antidumping a laissé une marge de manœuvre importante à ceux qui pratique cette stratégie dès qu’ils sont mis en situation de concurrence.
• Etant donné la taille du marché national les productions nouvelles peuvent intéresser des médicaments dont le volume et la rentabilité sont faibles.
• L’organe exclusif d’importation (la Pharmacie Centrale de Tunisie-PCT) compense des produits importés dont des similaires sont fabriqués localement lésant ainsi la production nationale.
• Jusqu’à l’année 2010 la PCT n’a pas mis en place une politique volontariste pour des achats exclusifs auprès de la fabrication locale en vue d’approvisionner les hôpitaux.

FICHE SYNTHETIQUE RELATIVE AU SECTEUR DE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE EN TUNISIE (2011)

• Nombre d’unités : 56 (28 médicaments à usage humain, 6 vétérinaires et 22 dispositifs médicaments)
• Emploi : 5000 personnes dont 48% de cadres supérieurs
• Chiffre d’affaires 2011 = 509 Millions de D.T.
• Investissement canule : 500 Millions de D.T
• Exportation : 42 Millions de D.T pour les médicaments.
• Part du médicament dans les dépenses de santés : 17% en 2011 (25% en 1995)
• Part des génériques : 49% (pour les produits importés elle est inférieure à 10%)